Planification familiale au Mali: le blocage se trouve du côté des hommes


« Je ne peux pas car si jamais mon mari apprend que je m’adonne à cette pratique, il me tuera ». Voici la phrase que Fanta Diarra, une ménagère de 23 ans, malade et déjà mère de 5 enfants, a sortie quand je lui ai posé la question de savoir pourquoi elle ne pratiquait pas la planification familiale. Elle l’a dite en baissant la voix, craignant les murs et leurs oreilles. Tout comme elle, plusieurs femmes maliennes n’arrivent pas à pratiquer la planification familiale même si elles en connaissant les bienfaits. Ça n’est pas parce qu’elles ne veulent pas le faire, mais tout simplement parce que le blocage se trouve du côté de leurs époux, qui refusent catégoriquement d’en entendre parler. Et cela malgré les campagnes de sensibilisations accentuées, qui n’ont d’ailleurs pas été des prêches dans le désert.

Bien qu’ils ne soient pas nés de la dernière pluie, ces maris, méfiants et conservateurs, ont tendance à faire passer la planification familiale pour une pratique récente et antireligieuse, importée d’Europe pour de mauvais desseins. Pour eux, l’homme blanc est simplement jaloux du fait que la population africaine soit très jeune. Jaloux du fait que les femmes noires donnent beaucoup la vie, ignorant cependant que le faible taux de natalité remarqué dans les pays développés est plutôt un choix et non le résultat d’une quelconque impuissance.

Comme toujours, le sujet est déplacé !

Beaucoup d’hommes n’ont pas encore compris le sujet, ou plutôt, font semblant de ne pas le comprendre. Quand on leur parle de la planification familiale, ils l’interprètent par essayer d’empêcher leur femme de faire des enfants alors que ce n’est pas du tout le cas. La position d’Oumar Konare sur le sujet est haletante : « ces histoires de planification familiale ne sont que des conneries. Ce sont des méthodes qui, à la longue, vont jouer sur la fertilité de nos femmes qui ne pourront plus procréer comme il se doit. Ni ma femme, ni moi n’avons besoin d’être planifiés. Nos mères ont fait beaucoup d’enfants sans que cela ne soit un problème, ce n’est pas le blanc et son blakoroya*  qui viendront m’apprendre quoi que ce soit sur la procréation et les manières de le faire. »

Et quand nous avons essayé de rectifier en faisant comprendre à monsieur Konare que la planification n’a pas pour objectif empêcher quelqu’un de faire autant d’enfants qu’il le souhaite, mais plutôt permette que les enfants naissent au moins à des périodes espacées afin que la mère soit en bonne santé, puisqu’elle joue un rôle très important dans la famille, il n’a rien voulu comprendre. Je me souviens encore de notre méthode explicative avec des exemples très simples : « écoutez monsieur, si vous voulez faire par exemple sept enfants, vous avez la liberté de le faire. L’objectif de cette pratique n’est pas de vous empêcher de faire autant d’enfants que vous le souhaitez. C’est juste qu’avec la planification, il y a des intervalles d’au moins deux années au minimum entre les naissances. Cette méthode a de multiples bienfaits pour la femme, les enfants et la famille. Votre épouse sera en bonne santé puisque ses entrailles pourront se reposer, les enfants pourront donc grandir dans de bonnes conditions et la famille aura plus de chance de pouvoir s’occuper d’eux convenablement ».

Nous avons détaillé tous les bienfaits de la pratique, mais l’homme est resté campé sur sa position comme une statue. Il a laissé entendre que c’est Dieu qui donne les enfants et qu’il ne les donne pas à tout le monde. Selon lui, empêcher une grossesse avec les injectables, les stérilets, les préservatifs ou encore les implants, c’est purement occidental et ne correspond pas à nos réalités. « Les enfants sont une bénédiction de Dieu » m’a-t-il dit pour conclure.

Nous avons compris que, s’il faut affronter au quotidien ce genre de mentalité, il y a encore du pain sur la planche pour atteindre les 88 800 nouvelles utilisatrices additionnelles de la planification. Ces hommes parlent de méthode naturelles alors qu’ils ne respectent ni le coït interrompu ni la méthode du collier. La femme est réduite à un objet de désir, une sorte de machine à enfanter, sa santé et son autonomie important peu aux yeux du mari. Voici la réalité.

Changeons de cible car les femmes dans le fond, n’ont pas de problème avec la planification familiale. Le noyau du combat, c’est plutôt les hommes. Et quand je dis homme, je parle de nos chefs coutumiers et religieux, nos cultivateurs et commerçants. Tous les hommes, sans exception.

 

Blakoroya: Terme Bambara, désignant quelqu’un de non circoncis au sens propre. On l’emploie également pour désigner toute personne que l’on trouve non mûre dans ses manières de faire.

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