« Expliquez-moi les élections ! »


Exposition sur la crise postélectorale ivoirienne, c

Exposition sur la crise postélectorale ivoirienne, credit photo News.abidjan.net

« Quand un petit billet fait de vous un mondoblogueur, rendez le grand en le publiant pour ne pas finir petit. »

Kouakou avait le cœur lacéré. Aux abords de son chemin étaient implantées des affiches de campagne de ces candidats qu’il appelait désormais les fils du diable. Cette atmosphère électorale le rendait furieux. Les slogans joints à ces affiches l’énervaient encore plus car il voyait clairement en eux, une sorte de beau discourt du loup dans la basse-cour. L’homme était plus abattu que le mot, errant partout, agité comme un chien enragé. Son mal était au paroxysme. A tout venant, il posait des questions, clamait son indignation. Il voulait qu’on l’explique pourquoi à cause de cette chose si éphémère qu’est le pouvoir, les hommes politiques pouvaient-ils être si sinistres et sans cœur. Le pauvre avait été victime dela crise post-électorale ivoirienne de 2010, pendant laquelle, il avait perdu sa femme et ses enfants à la suite d’un affrontement entre les forces nouvelles du président Allassane Dramane Ouattara, dirigé par Soro Guillaume, et les loyalistes du président sortant Laurent Gbagbo. Dans un monologue au discourt reflétant un drame digne d’une pièce théâtrale, il voulait qu’on l’explique le véritable but des élections.

Le monologue

« Mon Dieu ! Ils m’ont pris ce que j’avais de plus cher. Ces moutons en costume ont tué ma pauvre famille. Quel malheur ! Qu’ai-je fais ? Qu’est-ce que ma femme et mes enfants ont bien pu faire de mal ? Nous demander d’aller voter est-elle une manière de nous conduire à l’abattoir? Dites-moi que je rêve. Dite-le-moi ! C’est donc cela les élections ? Que quelqu’un ait la bonté de m’expliquer. Sont-elles organisées dans le but de nous tuer ? Sommes-nous incapables d’aller aux urnes sans troubles ? L’Afrique mérite-t-elle cette image si répugnante ? Expliquez-moi ces putains d’élections s’il vous plaît ! Je veux comprendre en quoi tuer des pauvres gens est indispensable lors d’un vote ? Pourquoi vous les politiciens avez-vous recours au massacre pour coûte que coûte garder le pouvoir ? J’emmerde les deux camps. Au diable les élections si l’objectif est de nous tirer dessus à bout portant ! Que ces diablotins aillent retrouver leur père en enfer ! Ma pauvre famille. Je suis désormais seul. Honte à vous ! Honte, pauvre Afrique ! »

Constat amer.

Combien de personnes tout comme Kouakou ont été victime de conflits électoraux dans plusieurs pays d’Afrique? Du Liberia à la côte d’ivoire en passant par la Centrafrique, pour ne citer qu’eux, les élections à leur approche, engendre une peur au sein de la population qui préfère être sur ses gardes, vu qu’elle sait jusqu’où la bêtise humaine peut aller. Si certains pays comme le Cap-Vert, le Ghana, avec beaucoup d’efforts arrivent à devenir des modèles de démocratie, ce n’est pas le cas pour d’autres qui ont fait passer les élections pour une sorte de guerre ou on peut avoir recours à tout ce que l’on veut (arme, intoxication, soulèvement, bavure policière…) pourvue que cela nous mène à la magistrature suprême. Les contestations de résultats sont fréquentes et la lutte pour le pouvoir devient une question de vie ou de mort. La preuve la plus remarquable est celle de 2010 en côte d’Ivoire où finalement on avait eu pendant un certain moment deux présidents. Une drôlerie pitoyable pour un pays qui se veut exemplaire et émergent. Laurent Gbagbo s’était même permis de dire à propos de l’élection de l’an 2000 qui l’avait opposé au Général Guéi Robert, assassiné le 19 septembre 2002, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique : « Cette élection, à y voire de prêt, je ne l’ai pas remporté. Ce sont eux qui l’ont perdue. » Cette phrase montre clairement le côté machiavélique des élections qui se présente comme une bataille pendant laquelle tout est permis car la fin justifie les moyens.

Élection et démocratie sont-elles synonymes ?

L’Afrique a-t-elle besoin, ou bien est-elle prête à adopter le modèle de démocratie occidentale ? Avant son arrivée, le continent noir connaissait-il des problèmes de succession ? Pourquoi la démocratie qui dit-on est le choix du peuple par le peuple et pour le peuple peut entraîner des conflits électoraux, si dans la logique des choses le pouvoir qui a été choisi par ce même peuple, lui revient ? Deux options de réponse : Soit le peuple choisit mal, surtout que les Africains font primer le communautarisme sur la compétence, ou bien ce n’est pas vraiment le peuple qui choisit son candidat. Triste réalité des élections dites démocratiques en Afrique.

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