Excision : plus on en parle, plus on se comprend


Du 12 au 16 novembre 2018, à l’hôtel Azalai de Bamako, s’est déroulée une académie de formation médiatique sur les Mutilations Génitales Féminines (MGF). Cette formation donnée par Global Média Campaign, en collaboration avec plusieurs autres ONG comme Plan Mali International et l’UNFPA, a vu la participation de plus d’une quarantaine d’activistes, de journalistes et de leaders religieux, venus de plusieurs localités du Mali comme Ségou, Sikasso, Goundam et bien d’autres encore.

Quelle stratégie médiatique adopter pour que les familles, qui jusqu’à aujourd’hui s’adonnent à la pratique, comprennent l’importance de l’abandonner ? C’était la question au cœur de cette formation. La télé, la radio, les journaux, mais comment ? A la sortie de ces 5 jours de formation avec Glogal Média Campaign, les échanges ont été très fructueux, bien que mêlés des fois à des débats tendus.

Les leaders religieux ont fait preuve d’une acceptation de la confrontation idéologique qui force le respect et l’admiration.

Le chef du service de gynécologie de l’hôpital du Mali, Moustapha TOURE et son collègue, Dr Tekete ont fait des brillants exposés sur les mutilations génitales et la santé de la femme.

Dr Tekete, à partir de son exposé sur les dangers des mutilations génitales féminines, a fait frissonner les participants. Il a mis l’accent sur sa propre expérience en racontant des cas qu’il vit au quotidien. Des problèmes que rencontrent plusieurs femmes qui souffrent des complications liées au fait qu’elles soient excisées.

Lors du premier jour de la formation, pour que le débat avec les religieux et les autres ne prenne pas une tournure interminable, Dr Tekete a fait savoir qu’il parlait au nom de la médecine, en rappelant un fragment du serment d’Hippocrate qui défend de couper une partie du corps humain si cela n’est point nécessaire pour les soins. Selon lui, les docteurs qui excisent le font  par malhonnêteté et non par nécessité. Il a fait savoir qu’on n’a pas le droit d’exciser une personne, car en le faisant, on la prive d’un élément essentiel de sa vie de couple. Le clitoris étant très important pour le plaisir de la femme.

Cette rencontre de haut niveau a permis aux participants de comprendre tous les contours du sujet afin de mieux mener le combat pour que les mutilations génitales prennent fin en République du Mali.

Debut de la formation en présence de M Samba Sow, ministre de la santé et de l’hygiène publique du Mali – crédit : Issouf Kone

En définition, ils ont fait savoir que les MGF recouvrent toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux de la femme et/ou la lésion des organes génitaux féminins pratiquées pour des raisons culturelles ou toute autre raison non thérapeutique.

Il existe plusieurs types, à savoir :

  • le type I : excision du prépuce avec ou sans excision partielle ou totale du clitoris ;
  • le type II : excision du prépuce et du clitoris et excision partielle ou totale des petites lèvres ;
  • le type III : excision partielle ou totale des organes génitaux externes et suture/rétrécissement de l’orifice vaginal (infibulation) ;
  • le type IV: interventions non classées : piqûres, perforation ou incision du clitoris et/ou des petites et des grandes lèvres, étirement du clitoris et/ou des lèvres, autorisation par brûlure du clitoris et du tissu avoisinant, ratage de l’orifice vaginal ou incision du vagin, introduction de substances corrosives dans le vagin pour provoquer des saignements ou introduction de plante dans le vagin pour resserrer ou rétrécir le vagin, et toute autre intervention qui répond à la définition des mutilations sexuelles.

Le leader religieux Thierno Hardy Thiam, participant, donne son avis sur la question – crédit : Issouf Kone

Le problème doit inquiéter tout le mondes, car son importance n’est point négligeable

D’abord à travers le monde, nous comptons 132 millions d’excisées dont 2 millions par an, tous les continents inclus. En Afrique et précisément au Mali chez nous, 91% des femmes sont excisées, avec une tranche d’âge de 15 à 49 ans. Les mutilations génitales féminines sont très répandues ici donc. Après réflexion, les combattants de la cause ont conclu que la pratique, au Mali, trouve sa justification dans les us et coutumes et les croyances. Vu son ampleur et ses conséquences graves, souvent irréversibles sur la santé sexuelle et reproductive de la femme, l’excision est un réel problème de santé publique, ont-ils fait savoir.

Le cadre juridique de protection des femmes et filles contre les MGF a été évoqué par une brillante juriste, Maimouna Diouncunda Dembele, pour montrer que la pratique est une violation des droits de la femme et de la fille. Certains participants ont rappelé que la seule façon de mettre fin aux mutilations génitales féminines au Mali est le vote d’une loi comme l’ont fait plusieurs pays : le Kenya, le Benin ou encore le Burkina. A souligner que plusieurs fois le sujet a fait le tour des tables des autorités maliennes sans que des résultats concrets n’apparaissent. Un peu comme si tout le monde avait peur de se frotter au problème au risque de s’attirer la foudre, déplore un participant.

Il y a des pratiques que nos ancêtres eux-mêmes s’ils revenaient à la vie, trouveraient caduques et dépassées

Pour faire comprendre que toute pratique traditionnelle n’est pas forcément à conserver, peu importe le temps, des citations de quelques célèbres écrivains comme l’incontournable Amadou Hampaté Ba, je cite, ont été rappelées : « Il y a des pratiques que nos ancêtres eux-mêmes s’ils revenaient à la vie, trouveraient caduques et dépassées. » Cette citation a touché des cœurs et changé les manières de penser de certains qui déclaraient soutenir l’excision juste parce que leurs parents et grands-parents le faisaient. Un participant est même allé jusqu’à dire que les photos projetées lors de la formation qui montraient les complications dues à l’excision ne sont pas des photos de femmes excisées. A la déclaration de M Tekete qui a dit qu’on ne devait pas couper une partie d’un corps humain, si ce n’est que pour le soigner, un religieux non convaincu a demandé pourquoi les médecins se permettent-ils de pratiquer la circoncision alors ? Dr Touré a fait savoir qu’il a été démontré que la circoncision est utile dans la mesure où elle prévient des maladies. L’excision ne prévient pas, mais ouvre la voie aux maladies et autres complications. C’est donc très différent.

Un lot de participants lors des travaux de groupe – crédit : Issouf Kone

Les complications à court et long termes sont nombreuses

Les complications à court et long terme de la pratique, ont été énumérées : hémorragie, douleur, lésions tissulaires, choc, infections, septicémie, rétention urinaire, anémie, chéloïdes, kystes, neurone clitoridien, abcès vulvaires, infections urinaires, infections pelviennes chroniques, stérilité, fistule vesico-vaginal, fistule recto-vaginale, incontinence, occlusion vaginale, infubilaton, troubles menstruelles (hémato colpox), ulcère vulvo-vaginale, difficulté à assurer l’examen et les soins gynécologiques.

Nous avons eu également des témoignages forts de certaines victimes. Un témoignage d’une danseuse excisée qui a bien voulu parler de cette expérience difficile qu’elle a vécue et qu’elle a désormais décidé de combattre à travers son art. A la suite de la danseuse Fatoumata Bagagnogo, deux autres participantes ont fait des témoignages assez troublants également : une dont la fille a été excisée par sa belle-mère contre son gré et l’autre que sa marâtre a fait exciser après le décès de sa mère.

A la sortie de la formation, le 16 novembre, tout le monde a été unanime sur le fait qu’il est temps de buter l’excision hors du Mali. Je le disait à un ami, l’excision, plus on accepte d’en parler, plus on se comprend sur l’importance de la laisser tomber.

Des attestations ont été remises à tous les participants. Bravo à Global Media Campaign pour cette académie de formation plus qu’importante.

Un merci sincère  à tous mes amis participants mais surtout au formateurs, modérateurs et facilitateurs. 

– Pr Tekete et Pr Moustapha Toure sur les conséquences médicales de l’excision
– Youssouf Bagayoko du PNLE, sur l’aspect socio-culturel de la pratique
– Oumou Diarra et Khadidiatou Kone sur la communication et les médias
– Maimouna Dioncounda Dembele sur les cadres juridiques
– Allaye Dolo sur la protection de l’enfance
– Ibrahim Wague sur les perspectives religieuses
– Oumou Salif Touré sur les réseaux sociaux
– Bréhima Ballo de l’AMSPOT pour la présentation d’un projet ONG pour l’abandon de l’excision à Koulikouro

Modérateurs et facilitateurs:

– Djimé Kanté
– Oumou Salif Touré
– Mariam Aliabadi (GMC)
– Maggie O’Kane (GMC)
– Naimah Hassan (GMC)
– Charlotte Morlie (GMC)
– Soulo Boureima, facilitateur pour les réseaux sociaux
– Mamadou Traoré, co-facilitateur pour les religieux

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