Oumou, la bonne trop bonne (huitième partie) 1


Awa, calme de nature, s’était d’abord abstenue de s’emporter, en espérant que la jeune fille change avec le temps. Oumou, on ne sait habitée par quel démon, devenait de plus en plus insupportable. Elle faisait ce qu’elle voulait et refusait de faire ce qu’elle n’avait pas envie de faire. Simplement, sans se prendre la tête. Tout dépendait de ses humeurs. Ses virées nocturnes continuaient incessamment.

Awa agacée, avait finalement décidé qu’Oumou parte de chez elle. « Je ne peux pas continuer à garder cette impertinente » se disait-elle à elle même. Elle avait beaucoup hésité avant de prendre cette décision mais, cette fois-ci, tout était clair et net dans sa tête. Oumou n’était pas l’unique fille qui pouvait assurer le ménage ici à Bamako. Des bonnes, on en trouve partout et à moindre coût. Alors, il fallait la renvoyer vite fait avant qu’elle ne la fasse regretter de l’avoir employée. Elle attendait juste son mari pour l’en aviser lorsqu’il rentrera du boulot avant de passer à l’action. Elle en avait même parlé avec sa voisine d’à côté qui l’avait vivement encouragée en saluant son intention.

– Ma chérie, tu as pris une très belle résolution. Mets la dehors, avant qu’elle ne te crée des problèmes. Je voulais même te le conseiller.

Oumou était donc un problème pas que pour sa patronne mais aussi pour beaucoup de femmes du quartier

La voisine en question, avait déjà eu quelques prises de becs avec la fameuse bonne trop bonne parce qu’elle avait appris que cette dernière entretenait des relations amoureuses avec son mari. Elle avait même traité Oumou de « Soungourouba« . La bonne qui en réalité était innocente dans cette affaire n’a pas démenti l’accusation. Elle guettait l’amie de sa patronne depuis toujours car elle la trouvait trop « Nafigui« . L’occasion s’étant donc présentée, Oumou avait profité pour essayer d’énerver la dame par des propos choquants.

Elle ne s’était pas laissée faire pendant la dispute et avait en retour dit à la voisine qui l’avait traitée de traînée que ce n’était pas de sa faute si la nature avait été plus généreuse avec elle, avant d’ajouter qu’elle était une femme avant tout.

-Si tu en étais une aussi, comme moi, digne du nom, ton mari n’aurait pas besoin d’aller chercher ailleurs. Cette sougourouba que tu dis, a l’art de s’occuper de ce dernier. Tu devrais donc la respecter. À ta place je ferai mieux de me suicider si une fille de ménage arrivait à séduire mon mari.

La voisine énervée, humiliée par les propos de la jeune fille avait balancé toute une rafale d’injures qui tout de suite avait alerté le quartier. Elle insultait Oumou pendant quelques minutes avant de terminer par ces termes:

– Sale petite bonniche, tu ne perds rien pour attendre.

Elle marqua un moment de répit avant d’attaquer à nouveau. Oumou pendant ce temps contre-attaqua.

-Ton mari aime les femmes sales alors? avait-elle ironiquement demandé avec un petit sourire au coin des lèvres pour relancer la dispute.

La voisine était de plus en plus en rage, bouillante comme une eau chauffée à 90°. Pendant que la jeune fille était arrêtée, prenant toute cette histoire pour du jeu en essayant de ridiculiser la dame, elle par contre, était rentrée chez elle enfiler un collant avec un pagne solidement attaché dessus. « Tenu de bagarre ». Les gens présents la retenaient pendant qu’elle hurlait

-Laissez moi régler à cette petite mal éduquée son compte

-Laissez là. Laissait entendre à son tour Oumou de l’autre côté.

Vous connaissez les femmes. C’est comme le genre canin. Quand ça aboit ça ne mort pas. Beaucoup de bruits pour s’offrir en spectacle sinon rien d’autre. Cet incident était passé et depuis, Oumou et la voisine étaient devenues comme chien et chat.

La dame, âgée d’une quarantaine d’années, avait finalement compris qu’elle avait commis une grande erreur en se chamaillant avec une gamine qui pouvait avoir entre 18 et 21 ans et que cela n’était pas cool pour son image. Partout dans le secteur, on racontait que son mari l’avait cocufié avec Oumou. On disait en plus de cela que la bonne lui avait tenu tête de façon courageuse devant tout le quartier. La voisine détestait  Oumou tout comme Gbagbo deteste Alassane. A chaque fois qu’elle la voyait passer, dédains et jurons étaient au rendez-vous.

Elle ne pouvait que se réjouir de savoir que Oumou allait quitter le quartier, même si rien n’était encore sûr.

-Ce soir, dès que Daouda arrive, ne passe pas par quatre chemins, recommanda-t-elle.

-Ne t’en fais pas. Je te dis qu’elle partira de chez moi. Répondit Awa.

À suivre…

Explication de mots en gras

Sougourouba: Cf texte

Nafigui: rapporteur en bambara


issbill

A propos de issbill

Appelle moi Iss Bill le Blacknegronoir. Auteur-compositeur-interprète malien, passionné de musique et de lettres depuis le bas âge, j’ai fini par me mettre au rap, à cause de son lien étroit avec la poésie, que j’adore aussi. Écriture & musique : voici en deux mots toute ma vie.


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