Être un escroc au Mali : Erreur nationale ! 2


Moi?attendez, vous voulez dire hypocrite ou escroc. Menace théoriste.fr

Moi ? Non…mais attendez, vous voulez dire hypocrite ou escroc ? Menace théoriste.fr

 La confiance n’exclut pas le contrôle, dit-on. On ne sait jamais. Avant d’écrire sur le sujet alors, je vérifie d’abord. Le mot peut être polysémique sans que je ne sache jamais. Ce qui ne serait d’ailleurs pas un problème dans la mesure où la vie est un éternel apprentissage.

Je jette alors un coup d’œil dans le dictionnaire posé sur ma table de travail juste en face de moi (un dictionnaire que j’ai, je ne sais plus depuis quand.) E, es.. es… esc, escr… enfin escroc. Ahmadou kourouma avait dit du Petit Robert qu’il avait les foutaises dans son œuvre « Allah n’est pas obligé« . Je n’avais pas pris cette déclaration au sérieux jusqu’à aujourd’hui. Je me rends compte qu’il a vraiment les foutaises. Oui, je le confirme maintenant. Regardez moi ce petit Robert et ce qu’il me sort comme définition du mot « escroc ».

Escroc : Quelqu’un qui commet une escroquerie 😂

Ah ah ah !!! Vous ne vous marrez pas ? Moi en tout cas, j’ai bien rigolé à la vue de cette explication. Je l’ai rapidement fermé, ce trop jeune Robert. Allons consulter son grand frère, sinon, le petit robert, tout comme son nom l’indique, est trop petit pour me satisfaire. Finalement je m’en sort avec une seule définition. Celle que j’avais en tête. Pas de polysémie.

Le mot escroc est employé pour désigner quelqu’un qui se sert de moyens frauduleux pour manipuler autrui afin d’obtenir quelque chose de lui.

Si on veut l’expliquer simplement sans faire du « petit-robertage* » bien-sûr.

Si le français qui est propriétaire de sa langue, de son « escroc », le définit ainsi, l’Africain le Malien, lui, le conçoit autrement.

Au Mali

Mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas et automatiquement l’on vous appelle escroc. Parler dans le dos d’autrui, et vous devenez un escroc. Si vous n’êtes pas habitué, c’est clair que vous serez perdu. Mais ne paniquez pas. Surtout si vous savez que vous n’avez escroqué personne. On vous l’a dit parce que vous avez surement fourré votre nez dans des affaires, autres que les vôtres.

Ce qu’on appelle hypocrite, commère ou bien rapporteur, ailleurs, s’appelle escroc chez moi au Mali. De passage, faite un micro-trottoir pour le vérifier. C’est un constat que j’ai fait depuis que je suis au Mali et finalement je me suis posé la question de savoir comment cette erreur a pu perdurer à ce point, pour devenir une sorte de définition exact, sans que personne n’en parle. Une définition à laquelle la majorité s’accroche avec une telle insouciance qui fait que parfois lorsque j’emploie le terme « hypocrite » dans le sens que lui donne le blanc, je me demande si j’aurais pas mieux fait de dire escroc, par peur de n’avoir pas été compris.

Emprunter un mot est-il un problème? Non…Je ne crois pas!

 Dans presque toutes les langues aujourd’hui, nous trouvons des mots empruntés à d’autres langues.

Parking, Football, night club, Cool, qui sont employés par le français, appartiennent à l’anglais. Challenge, Proud, Very…de l’anglais, à la base, sont des mots d’origines françaises. Vous constaterez aussi qu’en Kabyle et maghrébin, on emploie Machina et tomobile, qui sont des deformations dues à l’accent arabe de machine et automobile. Jupe, bougie, magasin pour ne citer que ces trois, en revanche, ont leur origine chez nos amis Arabes. Le « nouchi »  de la Côte d’Ivoire par exemple n’est rien d’autre qu’un mélange de toutes les langues.

Un ivoirien peut te dire:

-Je suis en train de Bara.

Un autre, pour transmettre la même idée, te dira:

-Je suis en train de work.

Ce qui ne cause pas de soucis dans la mesure ou Bara du Bambara et Work de l’anglais signifie tous les deux, travailler en français.

Ces emprunts sont dus au faite que la communication évolue en même temps que le monde. Pour ma part, je trouve cela très intéressant et important pour les échanges vue que leur veritable handicape demeure la langue. Emprunter un mot n’est donc pas un soucis.

 Le soucis c’est

lui retirer sa définition pour l’octroyer une autre. Le français a emprunté le mot Week-end à l’anglais tout en tâchant de garder son sens. Ce mot composé de Week qui est semaine et end qui signifie fin n’est pas utilisé pour désigner le début ou le milieu, mais évidemment la fin de semaine.

 Je ne suis pas un french boy d’accord, mais

J’adore cette langue tout comme j’adore mon Bambara. Si un français emploie « Malo » pour parler de la viande, j’ai le devoir de lui dire, non! cher ami, la viande s’appelle plutôt « Sogo ». Malo signifie « riz ». C’est dans cette même optique que j’essaie de défendre le mot escroc sans pour autant vouloir impressionner qui que ce soit.

J’en parle car je sais que si l’ignorance tue, le silence aussi.

Petit-robertage:  Relatif au petit robert selon moi-même.


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2 commentaires sur “Être un escroc au Mali : Erreur nationale !

  • William

    Il ya une situation similaire ici au Congo (y compris au Gabon aussi),les gens emploient le terme GASPILLER à la place de GÂTER.

    je me suis longtemps cassé la tête à essayer de remettre les choses comme elles sont sans succès et finalement je suis rentré dans le rang et je me mets à dire comme tout le monde
    « Untel a gaspiller mon vélo » ou « mon téléphone s’est gaspillé »
    ….

    • issbill
      issbill Auteur du billet

      Voilà. On trouve ce genre d’erreur dans presque chaque société frère. Je me dis qu’il doit avoir des émissions là dessus. Ça pourrait peut-être faire avancer les choses. Le problème est que les gens prennent toujours ceux qui veulent rectifier ces choses là pour des prétentieux. Du coup, c’est difficile de s’en sortir.