La drogue ne fera pas de toi le génie que tu n’es pas. 2


Rap attaque,

Rage de vaincre au micro, Rap.fr

Au lycée, en 2009, j’avais rencontré un groupe de jeunes avec lesquels je partageais la même passion : le rap. Chaque vendredi soir, à la descente, je les apercevais dans un couloir non loin du lycée, en plein freestyle* . J’avais déjà entendu Akhenaton du groupe Iam, dire lors d’une interview que faire des freestyles était très important pour améliorer le flow et rapper facilement. J’écoutais Diam’s en boucle à l’époque et je connaissais par cœur son album « Dans ma bulle ». J’avais même commencé a écrire des textes, mais je ne savais pas improviser et depuis un certain moment je me disais que je devais combler cette lacune. Alors, un vendredi soir, j’avais décidé d’aborder la bande d’MCs :

 

Salut les frères.

Bien ou quoi négro? demanda l’un d’entre eux.

 

Oui ça va, répondis-je.

 

C’est quoi ton problème ? reprit le même.

Je leur expliquais que cela me ferait trop plaisir de faire des freestyles avec eux de temps en temps car je kiffais* trop leur team et leur manière de rapper.

Vas-y montre nous ce que tu sais faire, me lança celui qui était à côté de moi, en entamant un beatbox*.

Je commençais alors a rapper avec toute mon énergie, en essayant de donner le meilleur de moi-même. Après une minute, ne sachant plus quoi dire, je m’arrêtais enfin. L’un d’eux qui devait surement être le plus grand se tint devant moi dans une posture de professeur :

Pas mal, pas mal. C’est quoi ton blaze* ?

Je ne m’appelais pas encore le blacknegronoir à l’époque.

Iss Bill le killeur, j’ai répondu.

Ah ah ah, éclata-t-il de rire. Les mecs vous avez entendu? déconne pas négro, t’es plutôt un caresseur pour l’heure.

Aussitôt, le rire devint collectif. J’avais compris. C’était une manière que les anciens utilisent généralement pour intimider les nouveaux dans ce domaine. Après presque trente minutes d’improvisation, je devais rentrer car il était 19 heures et j’habitais un peu loin du lycée. Je connaissais la date de la prochaine séance de freestyle. On s’est « tchek de l’épaule » et je me suis barré.

Une partie de la cour du lycée en question où j'ai fais mon second cycle.(Lycée municipal Gadié pierre de Yopougon) La direction que vous voyez entre ces deux batiments, mène directement à l'endroit où nous fausions les freestyles.

Une partie de la cour du lycée où j’ai fait mon second cycle (le lycée municipal Gadié Pierre de Yopougon). La direction que vous voyez entre ces deux bâtiments, mène sans détour à l’endroit où nous faisions les freestyles.

Malheureusement, après cinq autres séances, je ne m’entendais plus trop avec eux. Pourquoi ? Par ce que je refusais simplement de fumer. A chaque fois qu’on rappait, l’un d’entre eux sortait de sa poche un papier blanc, contenant de l’herbe qu’il enroulait dans un autre papier, l’allumait, se mettait bien avant de le passer aux autres. Lorsqu’on me le tendait à mon tour, je refusais. Avec respect bien sûr. Une fois, deux fois, trois fois, je refusais toujours. Cela a fini par les agacer car certains n’aimaient pas du tout cette attitude de petit Jésus parmi les ghetto youth* . Pour eux, j’étais dangereux.

On peux ap le sser-lai ainsi mi-par nous. Il va nir-fi par nous se-ba-lan, avait déclaré le plus agité.

Il avait parlé verlan, croyant que j’avais pas compris. La phrase était celle-ci: « On ne peut pas le laisser ainsi parmi nous. Il va finir par nous balancer » (les dénoncer pour possession de drogue, il voulait dire). Les autres finalement avaient été convaincus, se disant que ce que leur pote venait de dire n’était pas du tout négligeable. Ils étaient en fin de compte unanimes. C’était soit je fume et je reste avec eux ou je ne fume pas, et je me casse.

Je ne savais pas pourquoi ils avaient si peur.

Moi, les balancer! Quelle idée…? J’ai jamais été une balance putain! Qu’ils fassent tous ce qu’ils veulent. Je m’en battais les c***. Je demandais rien d’autre que rapper moi! : voilà ce que je me disais tout bas.

Je les aimais bien parce qu’ils étaient de bons MCs, mais il fallait aussi faire un choix. Je suis finalement parti.

Leurs convictions

Ils me disaient qu’on ne peut pas faire une belle carrière d’artiste sans la drogue. En exemple ils m’ont parlé de 2 pac, biggie, Eminem, Nas et toutes les autres stars américaines : Rihanna, Beyoncé et j’en passe. La drogue, selon eux, développait les facultés cognitives et était très importante pour la création artistique.

The Game, rappeur americain, brandissant fierement de l'herbe.

The Game, rappeur americain, brandissant fièrement de l’herbe. Booska p

Mes convictions

Je ne voulais pas fumer pour la simple raison que je préfère toujours être lucide. J’avais lu pas mal de documents sur les effets liés à la consommation de drogue qui faisaient que j’avais toujours peur d’elle : l’anxiété, le paranoïa, et surtout la dépendance qui, à la longue, peut nous rendre dépressif. Je savais aussi qu’elle était dangereuse pour la santé en général car en plus du cerveau, elle pouvait aussi affecter le foie, les reins et les poumons. Je ne vais pas dire que je suis plus fort que les autres mentalement. Rien ne m’empêchait de me droguer à l’époque. Je crois que c’est le ciel qui m’a simplement épargné. C’est pourquoi, je ne dis jamais jamais!

 Je me dis que la drogue peut nous éveiller (pas dans le sens de comprendre quelque chose, sortir de l’ignorance, mais plutôt nous empêcher de dormir, nous rendre agité). Mais, faire de nous le génie qu’on n’est pas, je crois pas!

Freestyle: Mots anglais, composé de « free » (libre) et style. Désignant le genre libre. En rap géneralement le freestyle est synonyme de l’improvisation

Kiffais: Argot français. De kiffer. Signifiant, aimer.

Beatbox: Rythme émit avec la bouche en imitant des instruments,

Blaze: Surnom.

Tchek de l’épaule: Manière de se saluer propre aux jeunes du mouvement hip hop qui consiste à joindre les épaules droite et gauche.

Ghetto youth: Qui vient du ghetto.


issbill

A propos de issbill

Appelle moi Iss Bill le Blacknegronoir. Auteur-compositeur-interprète malien, passionné de musique et de lettres depuis le bas âge, j’ai fini par me mettre au rap, à cause de son lien étroit avec la poésie, que j’adore aussi. Écriture & musique : voici en deux mots toute ma vie.


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