Les dents stridentes du ramadan (Cinquième et dernière partie) 2


 

Marché de raïda à Bamako. Image Maliweb.

Marché de raïda à Bamako. Image MaliActu.net

La circulation est dense. Tout le monde est pressé. Dans les sotrama, les prises de bec entre apprentis et passagers sont inévitables.

-Poussez madame!
-Je ne pousse pas. Il n’y a plus de place.
– Si, sinon je ne vous aurais pas demandé de pousser, donc exécutez vous.
– Hé, toi petit impoli là, j’ai l’âge de ta mère hein! Respecte moi, et puis je ne vais pas payer 200 franc Cfa pour m’assoir inconfortablement ok?
Quelques personnes à côté s’acharnent sur l’apprenti pour soulager la femme indignée.
– Maman laisse le avec ses problèmes, avança un homme. Son voisin.
Le jeune apprenti vit ce genre de situations quotidiennement. Serein, il allume sa cigarette, tire une bonne bouffée avant de répliquer
-Madame, si tu es fâchée il faut t’acheter une voiture. Pour l’heure, pousse-toi.

La dame monte à nouveau sur ses grands chevaux. Maudit l’apprenti. Le traite de tous les noms: Raté, mal éduqué, analphabète, bandit, délinquant, drogué. L’apprenti se tape bien sa cigarette sans trop la calculer. Il connait la fin du film. Elle va parler comme elle le veut, le traiter de Tony Montana, de Pololo, ou D’El Chapo, finalement elle va faire de la place et c’est tout ce qui l’importe. Ainsi pensé ainsi fait. Tout rentra dans l’ordre après intervention du chauffeur qui balança deux mots à son apprenti en lui demandant de respecter les clients. Confu, il présenta ensuite ses excuses à la dame qui pardonna en signe de respect pour le mois béni, dit elle. Tout étant régler, le Sotrama, pris la direction de Kalaban, sa destination.
La nuit du destin est passée. Ces derniers jours, contrairement aux premiers qui étaient très ensoleillés, sont moins pénibles grâce à la fraîcheur due à l’hivernage qui s’annonce. Partout à Bamako, c’est la préparation pour la fête. « Raïda », théâtre de cette scène est plus débordé que d’habitude. Raïda qui signifie littéralement en bambara, la bouche des rails, peut se traduire en français par devant, ou au bord des rails. C’est un endroit qui longe de quelques kilomètres une partie du chemin de fer et qui représente pour Bamako une véritable place tournante. Centre incontournable de commerce et de transports communs, Raïda est à Bamako ce que le marché d’Adjamé est à Abidjan. Comme à chaque approche de fête, il est plein à craquer de monde. Les vas-et-viens entre les différentes communes et cet endroit sont incontrôlables. Un moment juteux pour les chauffeurs de sotrama, et de taxi, qui roulent non stop, le sourire au lèvre, car à la descente, la recette gonfle les poches.

Le couturier Moukaïla, duquel nous avons parlé dans la deuxième partie est désormais libre. Après presque un mois de nuits blanches, ses clientes ont été satisfaites. Il leur rends leurs habits de fête en empochant fièrement les restes de ce qu’elles lui doivent.

Les jeunes, sont joyeux. On repense au grin qui vont recommencer à se former autour du thé. Les matchs qui auront pour spectateurs seulement que quatre murs se préparent, car ce sera bientôt onze autres mois pour aller comme on le veut, de façon libre au septième ciel.
Qu’est ce qu’on attend pour la fête?…hum, Eurêka! La lune. Je sais que quelqu’un la verra à tous les coups, même si le ciel devient aussi sombre que le gouffre 😃. Alors BONNE FÊTE DE RAMADAN 2016 à toutes et à tous.

Explication de mots

Sotrama : équivalent de gbaka, en côte d’ivoire. Véhicules verts de transport urbain répandus dans tout Bamako. Le sigle Sotrama qui était à l’origine Société de Transport Malienne est resté sur ces minibus même si la société n’existe plus.

Pololo :Célèbre gangster ivoirien, tuer en 2000 par le régime du général Robert Guéi. Créateur de la dance du logobi.


issbill

A propos de issbill

Appelle moi Iss Bill le Blacknegronoir. Auteur-compositeur-interprète malien, passionné de musique et de lettres depuis le bas âge, j’ai fini par me mettre au rap, à cause de son lien étroit avec la poésie, que j’adore aussi. Écriture & musique : voici en deux mots toute ma vie.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Les dents stridentes du ramadan (Cinquième et dernière partie)