Lumumba: le Congo avant, la petite famille après


Patrice lumumba, photo, wikimedia commons

Patrice lumumba, photo, wikimedia commons

Lumumba est capturé puis incarcéré en novembre 1960. Bientôt l’homme sera exécuté. Depuis la prison, il écrit à sa femme Pauline. Ce qui m’a marqué en cette lettre, et qui fait que J’ai décidé d’en parler dans « l’appel du griot », est son caractère spécial. N’oublions pas qu’elle est destinée à sa moitié, et contrairement à ce que je croyais voir en la lisant, le contenu fut tout autre.

Je suppose qu’elle, « Pauline » devait être malheureuse à l’idée de savoir que son mari est emprisonné et que tout naturellement elle vivait un moment difficile. Je pense aussi que l’homme aimait sa femme et qu’il devait plutôt lui témoigner une fois de plus son amour tout au long des lignes, en la rassurant qu’il reviendrait. Lui demander de prendre soin des enfants ,s’inquiéter de leur santé et parler de beaucoup de choses en rapport avec la famille, mais non. Au lieu de tout cela, les soucis de monsieur Patrice sont portés ailleurs.
D’abord il commence par: Ma campagne chérie, Je t’écris ces mots sans savoir qu’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras…Puis s’en suit un contenu parlant que du Congo. Du Congo de demain. Parlant que de sa lutte pour l’indépendance de son pays, du colon belge et de toute son injustice. Ce qui compte pour Lumumba, c’est la libération de son peuple, son affranchissement du colonialisme.

Chaque ligne de cette lettre montre que Lumumba était simplement un grand homme avec une vision incroyable. Une vision d’un Congo idéal de demain. On peut le voir à travers ces mots :« Que pourrai-je dire d’autre? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo… ». Des mots assez forts, mais surement auxquels la pauvre dame ne s’attendait pas. L’homme se souciait plus de l’avenir du Congo que de sa propre famille. Juste quelques mots vont à l’endroit de ses gosses « A mes enfants que je laisse et peut-être que je ne reverrai plus » puis il recommence à parler du Congo encore … je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau…

Un brave monsieur qui incarnait aussi le courage. Il était digne. Quelqu’un acceptant d’être le sacrifice qui mène à la libération. On peut le constater à travers ces lignes suivantes incluses dans la lettre: ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. Vous voyez! Tout comme Babemba Traoré, Lumumba a préféré la mort pourvu que cela participe à la libération, à la prise de conscience de ceux qui viendront après lui. Il le dit ainsi dans la lettre, sans gêne à sa femme « Je préfère mourir…  » sans penser un instant que cela la troublerait.

Combien s’offriront en sacrifice pour espérer éclairer une patrie vers sa destinée? Combien de Congolais, d’Africains ont tiré leçon de la dignité de Lumumba? Combien de leaders peuvent faire passer la patrie avant la famille? La question reste posée.

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